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Publié par GOMEZ FELICIANO

Finalement, le 2 février prochain, à l’espace Francis Delage, aura lieu ce qui est appelé « cérémonie interreligieuse en hommage aux victimes des attaques terroristes et pour un appel à la tolérance ». Celle-ci sera donc la seule manifestation publique à laquelle s’associera le maire d’Asnières. Question : une cérémonie interreligieuse est-elle à la hauteur de l’événement ? Évidemment non !

Au nom de mes convictions républicaines

A quoi cela rime-t-il de déléguer aux représentants religieux l’organisation d’une communion municipale autour d’un mal qui a frappé la République en premier chef ? Quel est le sens d’une cérémonie interrelgieuse, et uniquement celle-là, pour rendre hommage à des victimes dont certaines affichaient publiquemennt leur hostilité à la foi religieuse ?

Les juifs tués en raison de leur foi, les joyeux mécréants de Charlie Hebdo tués pour leurs opinions, les agents de police tués en faisant leur métier, tous ces hommes et ces femmes d’horizon divers ont un creuset commun qui les réunit et qui est le cadre naturel pour leur rendre hommage : la République. Juifs, chrétiens, musulmans ou mécréants, ce qu’à atteint à travers eux leurs vils assasins, c’est la République dans sa liberté d’opinion, dans sa liberté d’être qui on veut dansles limites de la loi. Ces gens sont d’abord des victimes de l’idéal républicain de liberté d’opnion, de liberté religieujse, de diversité.

Au nom de mes convictions religieuses

Pourquoi demander aux religions d’être en première ligne ? Si les religions ne sont pas les premières victimes mais la République, elles ne sont pas davantage la cause première et immédiate de cette tragédie. Ceux qui ont tué l’ont fait au nom d’une religion dont les autorités unanimes rejettent leur folie meurtrière. Les Juifs attaqués dans leur religion, n’ont tenu aucune confession religieuse pour responsable du malheur qui a frappé leur communauté, pas même l’islam dont se réclament les assassins barbares et inhumains deleurs corréligionnaires.

Ni victimes, ni assassines, ni accusées, ni juges, les religions doivent néanmoins se tenir indéfectiblement aux côtés de la République, à la place qui est la leur et mener les combats qui sont les leurs pour plus de tolérance, our plus de fraternité, pour plus d’égalité, pour plus de liberté. Les religions ne peuvent et ne doivent pas prendre la place de la République pour mener ses combats à sa place, mais prendre leur juste part aux combats de la République.

En se refusant à un cadre républicain d’hommage susceptible de rassembler toutes les sensiblités de la commune, Aeschlimann commet une faute contre la République.

Mais nous imaginons aisément les multiples raisons qui ont poussé Aescchlimannn à refuser un cadre républicain pour cette hommage. Une raison semble être au-dessus de toutes les autres : devoir supporter de cotoyer son prédecesseur, le député Pietrasanta, l’homme de la lutte antiterroriste, celui que tous les média s’arrachent en raison de son expertise désormais connue et reconnue.

Les religieux qui ont accepté de se prêter à cette cérémonie doivent savoir à quel jeu de calcul politicien ils ont accepté de jouer avec le maire d’Asnières.

Au nom de ma foi catholique

Pour le catholique que je suis, je me réjouis que le nom du curé de ma paroisse ne figure pas dans la liste des prêtres qui se sont alignés derrière le maire. Notre paroisse n’a attendu aucune autorité politique pour entretenir depuis des décennies un dialogue interreligieux fructueux et prometteur, notamment avec la mosquée voisine. Dès le dimanche 11 janvier, chrétiens et musulmans des Hauts d’Asnières se sont retrouvés à l’Église puis à la Mosquée, sous la houlette du groupe de dialogue islamo-chrétien, pour condamner ces attentats, rendre hommage aux victimes et appeler à la cohésion.

Je me réjouis que le curé de ma paroisse n’ait pas associé notre communauté à cette mise entre parenthèse de la République laïque et pluraliste. Nous sommes attachés à la République. La communauté chrétienne des Hauts d’Asnières sait se tenir au sein de la République. La communauté chrétienne des Hauts d’Asnières a le souci que toute la population, y compris ceux qui ne croient à rien se mêlent de rendre hommage aux victimes de la barbarie intégriste. La communauté chrétienne des Hauts d’Asnières vit au quotidien la pluralité et la diversité qui sont les caractéristiques de notre quartier. La communauté chrétienne des Hauts d’Asnières ne veut être l’instrument de personne mais au service de tous pour la paix et l’amitié.

Le drame qui a frappé la République demande bien plus qu’une cérémonie interreligieuse. En face de ce drame, les religions auraient tort de se situer d'abord dans un front de croyants prenant le risque de s'enfermer entre croyants, et à terme de servir cache-misère à l’impuissance publique, ou comme c’est le cas à Asnières, à l’irresponsabilité des autorités publiques. Si nous catholiques, sommes ardemment attachés à la liberté de conscience et de culte, ce n’est pas seulement et même d’abord comme catholiques. C’est en tant que citoyens d’un pays de liberté, un Etat démocratique et laïc.

L’empressement avec lequel les autres prêtres catholiques d’Asnières ont marché dans la combine aeschlimannienne m’interroge et interroge bien de leurs ouailles. Il est des circonstances où l’évangile nous commande de quitter le confort de la notabilité avec ses tièdes conventions pour l’audace prophétique. Nous avons un pape qui sans cesse nous invite aux périphéries. Le cadre douillet et convenu d’une cérémonie interreligieuse nous tient à distance de ces périphéries, là où se nourrit la violence menaçante, là où s’ourdit la haine de la République, mais là aussi où les germes de l’espérance attendent d’éclore, là où, dans l’ombre, mille et une mains anonymes se tendent les une vers les autres pour bâtir la République de demain. C’est là, dans ces périphéries que nous sommes attendus. Pas dans un entre soi bourgeois où l’on se donne bonne conscience à force de discours dégoulinant de bons sentiments.

Dans ce drame qui frappe la République, nous chrétiens n’attendons pas d’être convoqués au nom de notre foi, surtout quand la convocation émane d’une volonté politique. Ce que nous attendons, c’est que l’Eglise se déplace sur les terres de nos engagements politiques, associatifs, professionnels ; là où nous sommes au coude à coude avec nos concitoyens de tous bords, croyants ou mécréants, pour intensifier la lutte contre la discorde, la haine et tous les désespoirs qui mettent nos jeunes sur des sentiers mortifères.

Les prêtres qui cautionnent cette cérémonie ont-ils vraiment fait le choix de l’évangile?

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