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Publié par GOMEZ FELICIANO

#229Vote Mon Pouce gauche levé pour la fierté de mon peuple

J’avais un camarade de classe, un compagnon de route et un ami très cher, dont j’avais plaisir à lire les éditoriaux dans La Croix du Bénin lorsqu’il en était le directeur. Sa voix m’a manqué pendant ces élections. Sa voix a manqué à ces élections. Je sais, André, que tu aurais tant aimé donné de la voix pendant ces heures si précieuses de notre vie nationale. De là-haut, je sais que tu veilles. A défaut de te lire aujourd’hui, j’écris ces quelques lignes. In memoriam…

Ce soir, le choix des béninois sera fait, et, quel qu’il sera, le Bénin aura un nouveau président. Je suis convaincu que la défaite et la victoire seront acceptées par les candidats et par le peuple. Et alors, il n’y aura plus de vainqueurs ni de vaincus, mais plus qu’un peuple, celui du Bénin. Je nourris l’espérance que ce Peuple, véritable éclosion de cette campagne électorale, ce peuple qui pour une fois a été à la fois sujet de son destin mais aussi le véritable objet des débats et projets électoraux, que ce peuple demeure, vive et grandisse. Quand les bureaux de vote se fermeront ce soir, ce sera pour trois années. Trois années de tranquillité pour nous permettre d’approfondir ce que nous avons gagné lors de cette campagne présidentielle. Prenons garde à ne pas retomber dans la masse, informe, inodore, incolore et sans saveur, masse maléable à souhait et à volonté.

L’affirmation d’un peuple libre

Nous avons fait la passionnante et périlleuse expérience de la liberté démocratique véritable. Dire non à un pouvoir décrédibilisé, le faire sans heurt et sans violence, le faire autant avec la force de la raison que la fougue de la passion sans jamais céder aux dérives qu’appellent les provocations inutiles, et elles furent nombreuses, sans jamais franchir les limites du débat légitime, ce sont là les signes d’une démocratie aguerrie, et d'un peuple responsable.

Nous avons encore à apprendre de cette liberté. Nous avons encore du chemin à faire pour la dompter cette liberté. Notre jeune démocratie doit affermir ses pas et les assurer loin des chemins de la peur. La vigilance nécessaire pour sauvegarder le bien commun ne doit pas jouer à se faire peur. La liberté de parole et les moyens multiples que nous avons pour en user ont beaucoup contribué à répandre des informations erronées et à relayer des manipulations savamment organisées par d’autres. Notre liberté doit grandir et gagner en confiance.

La résistance des institutions

Nous savons désormais que nous pouvons faire confiance à nos institutions. Les rumeurs multiples de coups fourrés ourdis contre notre démocratie, les présomptions d’incompétence et de partialité dont on a affublé la CENA, les supputations fantaisistes sur la dépendance supposée de la Cour Constitutionnelle vis-à-vis du pouvoir, les doutes distillés sur la véritable volonté du pouvoir à reconnaître le verdict du peuple, rien de tout ceci ne s’est vérifié.

Les institutions de notre pays se portent bien, malgré la fragilité des hommes qui les incarnent, leurs insuffisances et même leurs mauvaises intentions parfois. Le Bénin n’est pas une République bananière, et ce n’est pas une petite fierté.

La défaillance du cinquième pourvoir

Il s’agit là d’une affirmation peut-être péremptoire, sans doute blessante pour nombre de journalistes qui ne demandent qu’à faire leur métier et à le faire bien. Certains s’y sont bien illustrés heureusement. Mais leurs voix, trop frêles dans le bruit des informations fantaisistes et téléphonées, ont peu porté.

Les Béninois ont soif d’information. La multitude des journaux est là pour le prouver. Pour être informé, ils ont besoin de journalistes qui sachent chercher, trouver et publier la vérité. Trop de journaux fonctionnent selon un mode qui est littéralement indigne de la grandeur dont a fait preuve notre peuple.

Les journaux ne peuvent pas continuer à dépendre de l’argent des hommes politiques qui achètent littéralement leurs articles dans les colonnes qu’ils publient. S’il demeure une plaie à soigner dans notre jeune démocratie pour que l’ensemble des pouvoirs démocratiques soient à la hauteur du peuple, elle est là. Assurer l’indépendance de la presse par une législation claire et intransigeante sur son finance en même temps qu’un soutien public dont les règles sont les mêmes pour tous, assurer un contrôle efficace et faire le ménage dans ses rangs.

Un peuple fort et libre, des institutions fortes et indépendantes, nous les avons. Le peuple et ses institutions ont encore du chemin à faire pour continuer à se renforcer l’un, l’autre. La presse doit s’élever à la hauteur de ce peuple qui a soif de grandeur. Elle doit travailler à affirmer son pouvoir et son indépendance en visant toujours la vérité, la clarté et le courage.

Mon pouce gauche noirci à l'encre indélébile, je le lève pour 'liker' ce peuple mien. Je le lève par fierté pour mon peuple. Je lève en signe d'espérance que le peuple qui s'est levé plus jamais ne se couchera.

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