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Publié par GOMEZ FELICIANO

Chère Martine,

Chère Ségolène,


Je reviens de faire mon devoir militant. A l'heure où je vous écris, je ne sais pas laquelle de vous l'emportera. Mais quelle que soit celle de vous qui sera élue, c'est déjà une nouveauté pour notre parti dirigé depuis toujours par des hommes. C'est un événement en soi. Mais cela ne suffira pas, vous le savez mieux que moi. Au-delà de sa victoire, l'élue de ce soir devra triompher d'elle-même, de ceux qui l'entourent et de la défiance des militants.


Il va falloir triompher de vous-même chères camarades, car il y a en chacune de vous quelque chose à laquelle je ne peux me résoudre quand je pense à ce parti nouveau auquel j'aspire de tout mon être.

Martine, la ruse ne peut tenir lieu d'intelligence. Mais comme je sais la grandeur et la profondeur de ton intelligence j'en conclus que c'est elle qui s'est muée en ruse chez toi. Il y a en cette manière de faire de la politique, où l'habileté tacticienne s'arroge les prérogatives de la raison et de la conviction, quelque chose de surannée, de rance, de pourri, comme une corruption de l'intelligence. Tu as joué ta carte, jusqu'au bout, obstinément, envers et contre tous. Au risque de mettre en danger tes convictions, tu as éliminé un à un ceux qui auraient pu être pour toi des partenaires. Dans un habile jeu de poker menteur tu as fait quitter la table à Bertrand. Tu viens de sortir Benoît. Te voilà enfin face à Ségolène. Ce duel, tu l'as voulu, tu l'as construit, tu l'as tellement rêvé. Quel pied ce serait de battre Ségolène, toi et personne d'autre. Et tu espères que ta témérité soit tenue pour de l'audace et qu'ainsi soit gommée ta hasardeuse aventure qui peut s'achever ce soir par une victoire de ta rivale, victoire d'autant plus belle que tu en serais le trophée. Il va falloir vaincre en toi cet orgueil insensé.

Chez toi aussi Ségolène, cet orgueil est à l'œuvre, mouvant, mutant, d'autant plus sournois et dangereux qu'il se dissimule tantôt sous la féminité, la maternité ou la victimisation permanente. Cette manière que tu as de toujours te présenter comme une faible chose, fragile mais courageuse, contrariée mais entêtée, esseulée mains forcenée, seule contre tous, tous des méchants et toi seule gentille... Cette manière que tu as de considérer ce  parti que tu désires le plus comme pas grand-chose, ce rien qui deviendra tout et même tout autre par la seule grâce de ta domination sur elle, ce parti de nuls et d'infréquentables, qui sera transfiguré par le seul effet de ta victoire...

Martine et Ségolène il va falloir vaincre en vous vos ardeurs et votre orgueil messianiques.


Il va falloir ensuite triompher de votre entourage. Sans doute, Martine as-tu en la matière la tâche la plus difficile. Tu as autour de toi des gens qui ont tellement fait du mal au parti. Ces gens n'ont jamais agi au sein du parti sans d'abord penser à la manière dont cela pourrait profiter à leur courant. Ce n'est pas demain la veille que tu feras de ces courants divergents un même fleuve portant le paquebot socialiste vers une destination certaine. Tu as le choix entre les vaincre pour le bien du parti et son avenir ou les surveiller du coin de l'œil pour protéger ton destin et ton avenir personnel.

Ségolène, tu n'es pas à l'abri des dents qui derrière toi rayent pour l'instant le parquet. Elles s'aiguisent  prêtes à te dévorer. Il n'est pas écrit marche à l'ombre sur le front de Dray. A son âge l'heure de l'émancipation a déjà sonné plus d'une fois. Combien de temps penses-tu qu'il acceptera de jouer les seconds rôles ? Je ne te parlerai pas de Vals. Seul le sujet pense de lui-même qu'il est intéressant. Peillon ? Peut-être se contentera-t-il un instant de jouer ton ombre portée. Mais c'est un philosophe. Et chez nous autres formatés par cette discipline, la raison revient toujours au galop, car elle est une seconde nature. Ceux dont tu devras triompher absolument Ségolène, ce sont ces milliers de militants qui te suivent de meeting en spectacle, tous ceux-là pour qui tu as raison quoi que tu fasses, quoi que tu dises. Tous ces gens qui ont congédié la raison et la conviction pour la communion sans condition, l'affection sans limite, l'effusion énamourée, l'émotion en surdose permanente... Tu as le choix entre l'entretien de cette quasi religion et la sortie de ce cocon douillet dégoulinant de sentimentalisme où tu te complais et te délectes. Car si tu gagnes, il va falloir que tu grandisses.


Il va falloir enfin triompher de la défiance des militants. Il ne vous a pas échappé, ni à l'une ni à l'autre que votre victoire, dans un cas comme dans l'autre n'aura été de soi. Nous militants, nous serons obligés de supporter demain une première secrétaire qui ne nous aura jamais avoué lors de la campagne des motions qu'elle était candidate au poste de premier secrétaire. Toi Ségolène tu as poussé l'hypocrisie jusqu'à affirmer que tu remettais ta candidature au frigidaire. Martine, le froid du Nord aura suffit à la garder au frais. C'est peut dire que votre élection ne soulèvera pas l'enthousiasme que nous autres militants attendions. Il existe désormais dans notre famille des antagonismes profonds qui ne peuvent plus se résumer à des questions de personnes, sauf dans des articles paresseusement écrits par des journalistes pressés de rendre le papier qui fera vendre la feuille de chou qui les salarie. Les militants sont déboussolés, désabusés, désarmés face au spectacle qui s'achève et attendent que vous leur donniez de bonnes raisons de se remotiver. Moi en tout cas je ne me sentirai pas transporté par aucune de vous deux. J'attendrai donc de voir. Je regarderai de très près les premiers actes qui seront posés. J'analyserai à la loupe comment les postes de responsabilités sont distribués. Je ne ferai pas de chèque en blanc. Je me comporterai d'abord et avant tout comme un opposant interne. J'accepte de ne pas avoir raison aujourd'hui avec la forte espérance de ne pas l'avoir davantage demain. Car si demain je devrais avoir raison contre vous, cela voudrait dire que tout est à refaire. Mais en avons-nous encore la force et les ressources ?


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