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Publié par GOMEZ FELICIANO

Ce dimanche à Colombes, ils étaient probablement nombreux venus rendre hommage à Mamadou Marega, décédé pour avoir voulu vivre mieux.

Mort POURQUOI ?

Sa mort survenue il y a quelques jours, n’a suscité unanimement que la même et lassante question : de quoi est-il mort ? Journaux et journalistes, militants et défenseurs de la cause des sans papiers se sont laissés enfermés dans cette oiseuse question qui voudrait que la cause de cette mort soit plus préoccupante que ce qui en est la raison.

Et moi je n’arrive pas à me défaire de cette autre question qui me paraît pourtant être la seule et véritable interrogation : pourquoi est-il mort ?

La réponse n'en est que trop évidente. Elle n’en est que plus dérangeante. Dans notre pays, on peut poursuivre un sans papier jusqu’à ce que mort s’en suive. Ce n’est pas la première fois. Dans nos centres de rétention comme dans nos charters qui les ramènent pieds et mains liés parfois, il en meurt chaque année. Et quand nos ministres viennent nous tenir leur fière comptabilité de ceux qu’ils ont reconduits hors de nos frontières, ils oublient de nous tenir informés de ceux à qui les conditions d’arrestation, de rétention et de reconduite ont fait franchir la frontière de vie à trépas.

La chasse au sans papier tue.

Nous le savons. Nous nous en émouvons parfois. Et nous nous y faisons de plus en plus.

Cette mort nous a-t-elle définitivement réveillés ? Cette mort, au-delà de la révolte légitime, heurte-t-elle jusqu'à la blessure notre conscience nationale pétrie de liberté, d’égalité et de fraternité ? Ces principes absolus qui crient de toute leur essence contre cette politique abjecte menée en notre nom ! Cette chasse à l’homme toujours potentiellement mortelle qui tient lieu de régulation migratoire, ainsi qu’en nos forêts d’autres prélèvent le sanglier pour diminuer la pression du nombre sur les ressources disponibles. Car la chasse au sans-papier est de nature analogue puisque motivée par un raisonnement en tout point semblable à ce mobile cynégétique. Et quand le sanglier et la biche défendent chèrement leur peau, il faudrait que le Malien, le Sénégalais, le Chinois, le Béninois ou l’Afghan se laisse prendre sagement et abandonne silencieusement son rêve de vie meilleure.

Mamadou Marega, accroché à son rêve, mourrait de le perdre. Il n’avait que son rêve pour vivre. Et eux, à défaut de lui enlever son rêve, ont pris sa vie.

 

A tous mes frères sans-papier, gibiers que l'on traque aux bouches de métro et dans la jungle de nos tours de béton.

Leçon de chose que nous infligent parfois des coïncidences qui deviennent parboliques. Pour aller et revenir aujourd'hui de Colombes, il a fallu que je fasse un grand tour pour cause d'un événement sportif qui a paralysé l'ensemble du centre ville. Je n'ai pu assister à l'hommage rendu à Marega pour cette raison. J'ai vu des gens courrir à pied. Et je devine Marega lui qui comme des milliers d'autres n'a jamais marché paisiblement dans la rue sans surveiller ses arrières, je l'imagine qui, de son paradis, devait se dire, : "comme j'aurais aimé courrir moi aussi sans personne à mes trousses; courrir et ne fuir personne; courrir juste pour le plaisir; courrir pour me surpasser; courrir et dépasser mes limites; courrir sans frontières pour m'arrêter, ni les miennes, ni celles des autres"

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ricé 30/12/2010 08:10



http://www.youtube.com/watch?v=vc2UllBqIhU&playnext=1&list=PL2A708A28753E0259&index=8



rice 30/12/2010 08:07



http://www.youtube.com/watch?v=vc2UllBqIhU&playnext=1&list=PL2A708A28753E0259&index=8